Politique agricole : Dacian Ciolos peut compter sur notre aide... et notre vigilance

Publié le par Elu-e-s Europe Ecologie - Région Bretagne

L'agriculture de demain ne ressemblera ni à celle d'hier, ni à celle d'aujourd'hui. Le diagnostic est lourd : disparition des paysans, contamination de l'eau, pollution et érosion des sols, risques pour la santé,... qui sont le résultat d'un modèle dominant productiviste et industriel.

Avec un autre résultat, ubuesque : notre excédent agroalimentaire, 10 milliards d'euros, équivaut au montant des subventions que la France reçoit de la PAC...

Sa réforme, prévue pour 2013, est engagée.

Dacian Ciolos, commissaire à l'agriculture, vient d'en donner les prémices qui marquent des ruptures positives : réintroduire plus d'équité entre les paysans et casser la situation où 20 % d'agriculteurs accaparent 73 % des aides... En parlant de petites fermes, il rompt avec une concentration mortifère.

Dans la négociation qui s'engage à Bruxelles dès 2011, nous notons quatre enjeux majeurs pour que la PAC réponde aux défis sociaux, économiques et environnementaux de notre pays et de la planète.

L'Europe doit affirmer le droit de chaque pays à sa souveraineté alimentaire. Les produits agricoles ne sont pas des chaussettes : l'agriculture doit sortir des négociations de l'organisation mondiale du commerce. De même, l'Europe doit revenir sur le vieil accord de « Blair House » limitant sa capacité à produire ses propres protéines végétales. L'impact est dramatique : importations de soja massivement transgénique d'outre Atlantique qui contribue à la destruction de l'Amazonie.

Une nouvelle répartition des aides conditionne la fin de l'hémorragie paysanne. Les aides doivent s'appuyer sur quatre critères complémentaires : emploi, valeur ajoutée, qualité et respect des éléments naturels : sol, air et eau. L'agriculture paysanne de proximité s'honore de remplir ces critères. En France une telle agriculture générerait près d'un million d'emplois. Avec l'agriculture intensive, c'est une ferme qui disparaît toutes les deux minutes en Europe.

Réguler les prix.

Pour rester durable et responsable, l'agriculture européenne doit revenir sur la promotion des exportations de matières premières. Celles-ci fragilisent et parfois détruisent les agricultures d'Afrique ou d'Amérique du sud. Des poulets, produits industriellement en Europe, alimentent le marché africain et déciment les élevages locaux. A Dakar, le poulet européen est moins cher que le poulet sénégalais...

L'Europe doit réguler les marchés agricoles et combattre la spéculation. Un agriculteur peut-il travailler sereinement si les cours de sa production varient du simple au double, sans aucun rapport avec ses prix de revient, sur des coups de bourse tous les deux ou trois mois ? Est-il normal que les fonds de pension régissent le cours du lait ou du blé ? L'agriculture mondiale doit répondre à ses fonctions premières : nourrir l'humanité, participer à refroidir la planète, préserver la biodiversité.

L'Europe doit assurer la régulation des prix avec des outils démocratiques de gestion des marchés européens qui assurent prix rémunérateurs, revenus décents et permettent une agriculture sur tous les territoires.

L'Europe doit aussi se doter d'orientations claires en matière de politique foncière pour permettre l'installation de jeunes.

Dacian Ciolos nous engage sur la bonne voie. Les obstacles seront nombreux tant certains lobbies sont puissants. Nous serons là pour l'aider, pour qu'une démocratie alimentaire voie enfin le jour, faisant vivre paysans, citoyens et consommateurs sur la base d'un nouveau contrat.

 

 

Yannick JADOT, Christophe DOUGE, François DUFOUR, Serge MORIN, René LOUAIL

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