Pêche et aquaculture en Bretagne. Interv. J. Moriceau. 17 déc 2010

Publié le par Elu-e-s Europe Ecologie - Région Bretagne

Session plénière du Conseil régional de Bretagne – 16 et 17 décembre 2010
Pêche et aquaculture en Bretagne
Intervention de Janick Moriceau
Groupe Europe Écologie – Les Verts


Vous nous proposez, Mr le président, neuf actions pour renforcer notre soutien à la pêche et à la conchyliculture. Avant de les aborder, je souhaite vous faire part de quatre points, qui au-delà de vos propositions, devraient être inscrits aussi dans nos priorités.


La première réflexion est la réactivité de notre région au regard des demandes d'aides aux entreprises.

La RGPP a mis à mal l'administration maritime, réduction importante des effectifs, d'autant plus sensible que ses missions se sont largement élargies. Cette situation a un impact important sur l'efficacité des actions que nous menons. L'administration maritime d'état est en effet, le service instructeur des aides régionales aux entreprises maritimes de pêche. Les retards d'instruction ont pu conduire à traiter en région, les dossiers plus de 2 ans après leur dépôt avec les conséquences financières que l'on peut imaginer. Face à cette situation , Monsieur le Président, ne pensez-vous pas souhaitable que le secteur de la pêche et de la conchyliculture puisse bénéficier des mêmes services et délais d'instruction que les autres entreprises bretonnes?
En bref, Monsieur le Président, ne pensez vous pas souhaitable d' internaliser cette mission, clarifiant ainsi les rôles de chacun ?

 

La seconde est ce qui doit être encore et toujours en ligne de mire, il s'agit de la réduction de la
dépendance énergétique des entreprises de pêche et plus globalement de la filière.

Sujet qui ne peut être que partiellement traité au travers du votre projet de fond d'investissement. Des projets de recherche-développement, des études logistiques ont été finalisées, il faut aujourd'hui en tirer les conclusions et mettre en place un plan d'action et ce, avant que nous soyons rattrapés par une nouvelle crise. Il est curieux que le cluster « pêche durable » porté par l' Agence Economique de Bretagne ne fasse pas référence à cette question. Sur ce dernier point, nous serions heureux de connaître l'articulation du travail que mènera l' Agence avec celui du comité consultatif de la pêche proposé.

 

Je me permettrais à présent de vous faire part de nos réflexions concernant deux des actions envisagées.
- En effet, sur le fond d'investissement pour la pêche, le sujet est complexe et nous attendons plus de précisions sur le dispositif pour nous positionner. Une chose est certaine : le dispositif fond de garanti OSEO n'est pas efficient concernant le renouvellement des navires hauturiers et ce renouvellement est vital.
- Concernant le centre technique et scientifique dédié à la pêche et à l'ostréiculture, je sais que c'est un projet auquel la vice-présidente et vous aussi, Mr le Président, êtes très attachés. J'ai beaucoup d'interrogations sur cette question : En effet, les compétences nécessaires pour traiter de ces sujets sont complexes et très diversifiées, elles ne s'improvisent pas. Nous avons la chance en Bretagne d'avoir de nombreux experts chacun dans des domaines précis, au nombre desquels je compte bien sûr, les professionnels avec lesquels les scientifiques doivent travailler en étroite collaboration. Nous avons en Bretagne - ce n'est pas le cas d'autres régions - des laboratoires modèles, particulièrement efficients, soucieux de ce dialogue; je pense en particulier sur les techniques de pêche, au Centre IFREMER de Lorient avec lequel des travaux importants sur la sélectivité, sur les économies d'énergie ont été et sont toujours conduits. Je vois mal comment un centre technique et scientifique pourrait s'y substituer. Se substituer à leurs compétences, capitalisées depuis des années et se priver des moyens matériels auxquels nous avons fortement contribué … Je prends cet exemple mais il en est de même des liens étroits et des compétences sur la conchyliculture et la qualité des milieux développées par Agro campus Beg meil… Car les questions posées à la pêche et à la conchyliculture dépassent largement les questions purement techniques : elles concernent aussi le fonctionnement des écosystèmes marins, la qualité des milieux…

 

D'autres exemples, ils émaillent notre littoral : ceux de l'institut maritime de prévention sur les conditions de travail et de sécurité, d' Agrocampus Rennes, de l' IUEM, du Museum à Dinard, Concarneau, du CNRS à Roscoff. Partout en Bretagne avec leurs compétences, des structures ont tissé des liens étroits avec les milieux professionnels…des compétences spécifiques. Aussi au-delà de tensions existantes parfois entre professionnels et scientifiques, vis à vis desquelles nous pouvons jouer un rôle de médiation, il me semble que si nous souhaitons être efficaces, c'est
d'une structure souple, fédérant l'ensemble des acteurs scientifiques et les professionnels, à laquelle il faudrait réfléchir. Est ce votre vision ?

 

C'était le sens de la création du réseau d'appui, centre de ressources qui était sur les rails il y a quelques mois. Ce dispositif peu couteux permettrait de mutualiser les travaux existants, de mobiliser les moyens humains et financiers de recherche-action ou d'expertise de manière efficace et rapide à la demande, en garantissant l'encadrement de chargés de mission éventuels par les personnes les plus compétentes au regard du sujet traité, de travailler à la bonne échelle de mutualisation. Ces faibles coûts de financement, permettant les indemnisations éventuelles des professionnels experts. Ce fut ainsi le cas dans le cadre des programmes énergie et sélectivité.

 

La seconde action sur laquelle je souhaitais intervenir, concerne la promotion des métiers de la mer, nécessaire et indispensable compte tenu de la moyenne d'âge des pêcheurs embarqués. Mais pour cela, il est deux préalables…
- Premier préalable : des conditions de vie et de sécurité améliorées...oui le renouvellement des navires
et les travaux menés avec l' IMP et les professionnels essentiels.
- Pour cela, il y a un second préalable : des dispositifs de formation initiale et continue performants en
capacité de répondre aux besoins et contraintes de ces professions.

 

La région est en première ligne sur ces questions et un travail important est à mener :
- au niveau de la formation initiale, des outils pédagogiques renouvelés, performants, des programmes renouvelés mais aussi des lits d'internat en nombre suffisants ouverts à tous sans discrimination... Lors de cette rentrée, des jeunes filles ont abandonné leur projet.
- au niveau de la formation continue, pour avoir un dispositif de formation réellement opérationnel et ce n'est pas le cas:
. 2400 marins bretons embarquent de manière dérogatoire sur les navires bretons sans avoir les qualifications réglementaires avec des risques de sécurité qui y sont inhérents,
. du coté de l'aquaculture, les deux dernières années n'ont pas vu l'ouverture des formations à l'installation, des formations réglementaires imposées pour avoir accès au DPM.

 

Il y a bel et bien un malaise et une urgence à régler ces dis fonctionnements, leurs résolutions est un préalable nécessaire aux actions de promotion.

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